Un an plus tard, la table est mise pour Soraya Martinez Ferrada

Un an plus tard, la table est mise pour Soraya Martinez Ferrada

Si 2026 aura été l’année des urgences et des préparatifs, 2027 verra davantage de résultats concrets promet la mairesse Soraya Martinez Ferrada. Je me suis assis avec elle à l’occasion

Soraya Martinez Ferrada assise à son bureau à l'hôtel de ville.

Si 2026 aura été l’année des urgences et des préparatifs, 2027 verra davantage de résultats concrets promet la mairesse Soraya Martinez Ferrada. Je me suis assis avec elle à l’occasion de du premier anniversaire de son élection pour parler du chemin parcouru et avoir un aperçu de ce qui s’en vient.

En bref: ce que la mairesse prévoit pour le reste du mandat

  • On va voir davantage de dénonciations de policiers par des policiers.
  • Le logement de transition fera diminuer le nombre de personnes qui dorment dans les campements itinérants.
  • La construction de logements doit accélérer pour retrouver l’abordabilité.
  • Le déneigement et le colmatage des nids-de-poule seront plus efficaces que l’an passé.
  • Tout ça coûtera cher. Surveillez vos comptes de taxes.

En me rendant dans le bureau de la mairesse vendredi, j’entendais les premiers échos de la conférence de presse du SPVM, qui avait lieu en même temps. Une conférence de presse où le chef de police, Fady Dagher, félicitait les policiers et policières qui avaient dénoncé leurs collègues pour divers gestes disgracieux et inadmissibles.

La situation au SPVM suit la mairesse depuis le mois de juin. Après les dreads coupés et le policier qui urine sur un itinérant, voilà qu’on apprend qu’un agent a effacé la preuve d’une victime de violence conjugale. Le public a soif d’informations sur les actions prises par le corps policier pour mettre un terme à ce genre de comportements. Et sur les actions de la mairesse pour encadrer le SPVM et faire la lumière sur ce qui se passe.

On en a su davantage, vendredi. Les nombreuses dénonciations – toutes faites par des policiers contre d’autres policiers – découlent du travail accompli depuis quelques années pour «briser l’omertà». Et on en saura davantage plus tard ce mois-ci.

Chose certaine, la mairesse accorde toute sa confiance à Fady Dagher et à son état major.

«Ce qui est important, c’est qu’on a une haute direction au SPVM qui a tout l’intention de faire changer cette culture. Parce qu’au bout du compte, c’est la confiance des citoyens qui est en cause et on ne peut pas avoir une population qui ne fait pas confiance à son service de police», dit-elle.

Marquée par l’itinérance

Mais ce n’est pas le SPVM qui a le plus marqué la mairesse. C’est l’itinérance.

«Le moment qui m’a le plus marqué, c’est le moment où on a décidé qu’on allait prendre à bras le corps le fait qu’il manquait 500 places en haltes-chaleur pour faire face à l’hiver», dit-elle.

L’itinérance est probablement le sujet sur lequel les actions de la mairesse et son équipe sont les plus visibles et les plus conséquents. Pendant la dernière année de mandat de Valérie Plante, la Ville avait ouvert trois haltes-chaleur totalisant 130 places. Dans un contexte – il faut le souligner – où le gouvernement provincial n’était pas très réceptif aux demandes de la Ville de Montréal et tardait à financer les mesures.

Ouvrir ces places sans l’apport de Québec était déjà une première. La nouvelle équipe a toutefois pris cette idée et l’a menée à un autre niveau.

Un an plus tard, ce sont 500 places qui ont été ouvertes d’urgence. Au YMCA, dans des sous-sols d’église, dans des roulottes, dans une piscine. En quelques semaines, les élus, les fonctionnaires et les organismes se sont démenés pour offrir un peu de répit aux personnes qui dorment au froid.

Ce n’était pas suffisant, et ça ne le sera jamais tant que la crise du logement ne soit pas réglée. Des personnes sont mortes de froid. Ou de feu, ce qui est malheureusement arrivé à nouveau cet automne.

Ces situations ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Mais Mme Martinez Ferrada s’attend à ce qu’on voit une différence cette année et l’an prochain.

«On a fait un projet pilote de 52 logements modulaires. On a livré […] du logement de transition en 9 mois. Mais est-ce que je peux répéter ça partout en ville? C’est ça que ça prend. On veut en faire 500 en 2027, on veut en faire 1000 en 2028. Je pense que, là, les gens vont commencer à voir une différence.»

«Il y a des gens sur la friche Notre-Dame comme au campement Saint-Rémi pour qui, si on leur donne un logement, demain ils ne sont plus en campement. Donc il faut qu’on aille rapidement construire des logements de transition avec de l’accompagnement.»

La mairesse souligne que, pour la première fois depuis longtemps, il y a une volonté politique à la fois au municipal et au provincial pour s’attaquer à l’itinérance. Mme Martinez Ferrada et le nouveau premier ministre Paul St-Pierre Plamondon en ont tous deux fait leur priorité.

Sans oublier le fait que, cette fois, la mairesse et son équipe ont eu le temps de planifier. Les 3000 places totales – comprenant les 500 de la Ville et les 2500 du réseau de la santé – sont prêtes à déployer depuis plusieurs semaines.

À la fin de son mandat, Soraya Martinez Ferrada souhaite qu’on se souvienne d’elle comme la mairesse qui a trouvé une solution durable pour loger les campeurs.

«Je pense que les citoyens de Montréal vont reprendre confiance en leur ville et être fiers de leur ville s’ils voient qu’on est passé au travers de la crise de l’itinérance qu’on vit actuellement et qui fait ombrage à tout ce qu’on devrait faire.»

Le prix du logement

Puis, il y a la question du logement. Quand Soraya Martinez Ferrada est entrée en poste, Montréal commençait tout juste à sortir d’une période de déclin dans la construction résidentielle. Déclin alimenté en partie par les demandes réglementaires trop fortes, notamment le Règlement pour une métropole mixte.

Et cela dans un contexte où la demande en logements demeurait forte. La SCHL demandait même de tripler le rythme de construction de logements.

L’année 2026 s’est passée en dents de scie. Oui, il y a eu des annonces. À l’hippodrome spécifiquement – je sais, l’hippodrome m’obsède un peu trop – il y a eu des annonces. On prévoit quelques centaines de logements ici, quelques milliers par là. Les mises en chantier également ont augmenté… jusqu’à ce qu’elles freinent à l’automne. Au point au la SCHL craint pour l’abordabilité du logement.

Qu’est-ce que ça prendra pour que la construction décolle et que les prix diminuent?

Beaucoup de nouvelles idées, à en croire la mairesse.

Le gouvernement fédéral s’occupe déjà d’une partie du problème en s’attaquant aux prix des matériaux et aux chaînes d’approvisionnement. Mme Martinez Ferrada veut ajouter aux efforts en offrant plus rapidement du logement de transition et du logement social. Notamment en favorisant les modèles préfabriqués.

Sauf qu’elle cherche à sortir des sentiers battus. Et qui dit nouveau dit aussi blocage réglementaire. Il n’est pas facile d’obtenir du financement pour un nouveau type de projet.

«On travaille sur des modèles qui n’existent pas et qui ne sont pas financés à travers des programmes normés. Il faut revoir ces programmes. C’est un travail qu’on va devoir faire justement avec le gouvernement du Québec», souligne la mairesse.

Celle-ci est déjà en négociations avec Québec pour faire débloquer le développement de l’ancien hippodrome. L’entente de cession du site, en 2017, prévoyait que les terrains soient vendus avant 2024, avec partage des profits. Montréal et Québec doivent revoir leurs plans. Selon la mairesse, les négociations devraient débloquer d’ici quelques semaines à quelques mois.

Des services plus efficaces?

En ce qui concerne la livraison des services, ça n’a pas été de tout repos. Le jour-même de l’élection de la nouvelle administration, le transport en commun était paralysé par une grève de la Société de transport de Montréal. Une autre grève menaçait de paralyser à nouveau la ville quelques semaines plus tard.

Puis est arrivé l’hiver. Le déneigement a été tout un casse-tête, et Luis Miranda, reconnu à Anjou pour l’efficacité des opérations hivernales, a plutôt été la cible de critiques comme responsable des services aux citoyens pour l’ensemble de la ville. Idem pour les nids-de-poule: Montréal s’est retrouvé sans contrat privé et sans machines alors que les routes du Québec traversaient la pire saison de l’histoire récente.

Le mois dernier, la mairesse dévoilait son plan pour la saison hivernale 2026-2027. Elle mise, entre autres, sur la flexibilité offerte par la nouvelle convention collective des cols bleus.

«Les négociations ont été ardues. Mais je pense qu’à terme, on a une entente signée qui va donner plus d’agilité dans la planification du travail des cols bleus, et qui va nous permettre d’avoir un meilleur service aux citoyens.»

Surveillez votre compte de taxes

Dans les entrevues qu’elle a accordées au cours des derniers jours, la mairesse laisse entendre que les taxes feront mal cette année. Sans donner de détails, elle ne s’engage plus à limiter les hausses de taxes à l’inflation.

«J’espère qu’à la fin de notre mandat, les gens vont reconnaitre les efforts qu’on a faits. Même si ces efforts, collectivement, vont être difficiles. Notamment dans le budget qui s’en vient», me dit-elle encore vendredi.

En bref, il y a beaucoup de travail à faire, et ça prend de l’argent pour y arriver. L’argent viendra de vos poches.

Peut-être que c’était inévitable. Les divers paliers de gouvernement ont tellement négligé les infrastructures au cours des dernières décennies qu’on est en train de frapper un mur. Montréal a failli manquer d’eau potable à cause d’un bris de conduite d’eau.

Plus tôt cette année, Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau – devenu depuis ministre des Finances – dévoilaient un rapport sur l’état des infrastructures. Ils estiment que les municipalités se sont enfermées dans une «trappe de l’inflation» en tentant de limiter les taxes à l’augmentation générale du coût de la vie. Le coût des matériaux et des services municipaux ayant augmenté plus vite que l’inflation, limiter les taxes à 3% mène au gouffre.

Aujourd’hui, c’est nous qui devons payer la note.

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Journal Métro (FR)




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